La jeunesse dorée dans toute sa splendeur... "Il fut un temps où la jeunesse dorée symbolisait le préambule à la réussite sociale. Fréquentant les meilleures écoles privées, inscrits en rallyes, les ados friqués se rencontraient en private clubbing pour ne pas se mêler à la jungle des paysans du coin. Aujourd'hui, entre dépravation et invitation à une supériorité qui n'est plus de mise, ces gamins méprisent le reste du monde et le font savoir.
Back from Hell, ils avaient leurs boîtes de nuit, maintenant ils ont leur DVD. Les enfants du 16ème se la jouent rebelles en herbe en affichant leur (in)différence en images. Out les soirées dans les clubs privés, oubliés les clichés, la jeunesse dorée se réinvente. Des revendications tout droit sorties de " Hell ", le roman de Lolita Pille qui a tracé la voie. Ils ont tout et en rajoutent en revendiquant la " sales gosses attitude ". Les règles sont simples : s'afficher sale gosse en sortant l'attirail du rebelle made in Gucci. On se trimballe en jogging, mais siglé, sinon ça ne rime à rien. On regarde les " pauvres " avec condescendance tout en sirotant sa mini champ', on se complait dans un monde où les logos font la loi et, surtout, on se prend pour le nombril du monde. Brel regrettait d'être devenu vieux sans être adulte, le Nappy (de Neuilly-Auteuil-Passy) pourrait regretter d'être devenu blasé sans rien connaître. Car si ces enfants nés avec une cuillère d'argent dans la bouche ont reçu une éducation irréprochable, leur sens de la supériorité semble les avoir éloignés des bases de cette même éducation.
Je snobe donc je suis
Le DVD Nappy, tout d'abord sorti en kiosque et désormais disponible dans les Fnac et Virgin, s'adresse à une génération désabusée, condamnée au paraître. Quant au site Internet, il annonce clairement la couleur en offrant au visiteur quelques fleurons. On retiendra, entre autres, " Nous baignons dans cette évidence depuis notre plus tendre enfance : nous appartenons à une espèce à part, supérieure par essence. Nous n'avons pas à nous préoccuper des vulgaires contingences quotidiennes et chacun nous doit le respect. Pour moi, rien n'est plus normal. " L'auteur de ces quelques lignes ? Jean-Sébastien, 19 ans. Mais Nappy, c'est aussi une façon de revendiquer son appartenance à un milieu décrié depuis 68 : il n'est effectivement pas de bon ton de faire partie des privilégiés. Hués chez Ruquier, les Nappy persistent et signent. Fini le temps du profil bas, désormais " bourge " n'est plus une insulte, c'est une consécration.
Il y a d'abord eu Saint-Germain des Prés, ses cafés et clubs aux voûtes de pierre, puis le Drugstore a fait des Champs Elysées le repère de la génération de nos parents. Les clubs s'y sont ouverts les uns après les autres, évoluant au rythme des desiderata d'une clientèle tout juste sortie des couches-culottes mais sans cesse plus exigeante. Emblème de la jeunesse dorée des années 90, les Planches où les minets se faisaient déposer par leurs parents les vendredis et samedis soirs. Aujourd'hui les codes ont encore changé et les Nappy investissent pour leurs soirées un lieu qui ne cesse de changer de nom, symbole de leur éphémère réalité. Mais il leur faut plus qu'un quartier général, ces rebelles du triangle NAP veulent propager leur identité. Dress code : faussement décontracté, limite négligé, car la génération Nappy est au-dessus de tout et n'a pas besoin de s'habiller pour sortir. Il faut dire que ces petits chéris peuvent tout se permettre et ils le savent : l'argent de papa-maman leur garantit un droit d'accès presque ad vitam æternam. Successeurs de la génération Gloubi-Boulga, les Nappy révolutionnent les règles de bonne conduite. Faux rebelles mais véritables fashion addicts, ils dictent leurs lois et vénèrent le culte du superficiel. Une prise de conscience navrante qui montre une autre facette du monde qui nous entoure. Des jeunes qui perdent pied avec la réalité et s'inventent une identité aussi creuse que leurs propos. Finalement, c'est une mine d'or pour ceux qui ont compris qu'on peut tout vendre à une génération prête à acheter n'importe quoi pourvu qu'on leur dise que c'est réservé à une élite. "